3 questions à : Yseline Fourtic-Dutarde et Catherine Ladousse, co-présidentes d’Ensemble contre le sexisme

Le collectif Ensemble contre le sexisme vient de fêter ses 5 ans d’existence. Quel bilan en tirez-vous?

 Yseline Fourtic-Dutarde : D’abord que c’est un collectif qui porte bien son nom ! La force d’Ensemble contre le sexisme c’est de jouer collectif pour rendre visible et dénoncer chaque manifestation du sexisme : en entreprise, dans l’orientation, dans la culture, dans la vie quotidienne…

Notre collectif s’est d’abord attaché à créer les conditions du dialogue entre toutes ses composantes. De cette manière, il dispose d’une expertise vaste et variée dans tous les secteurs de la vie économique et sociale. 

Parmi les moments marquants, je retiens en particulier l’instauration d’une journée nationale contre le sexisme, désormais bien installée dans le paysage le 25 janvier, mais également notre appel pour un plan de déconfinement antisexiste l’année dernière. Et bien sûr, notre plaidoyer des 22 propositions féministes pour l’élection présidentielle qui a permis de faire émerger des revendications ambitieuses au service des droits des femmes. 

Catherine Ladousse : Le bilan me semble très positif ! Le fait que nous appartenions à des domaines très différents a fait la force à la fois de ce collectif et de notre engagement. Après cinq ans, nous avons toujours autant envie de travailler ensemble. Rappelons que ce collectif est né à l’initiative de Laurence Rossignol qui était alors Ministre en charge des droits des femmes et a eu l’idée de rassembler les associations et réseaux des secteurs les plus divers des réseaux professionnels privés comme le cercle interElles que je représente ou des associations féministes comme l’Assemblée des femmes que represente Yselyne pour travailler ensemble à la campagne « sexisme par notre genre ». 5 ans après on continue et Laurence Rossignol est notre marraine toujours à nos côtés ! 

Avoir traité en profondeur des thèmes comme le travail, la culture, la représentation des femmes, le numérique, ou la santé nous a permis de vivre des moments très forts et d’évoquer aussi les choses douloureuses qui nous entravent. Ce travail collectif fut donc rempli d’émotions partagées, qui ont tissé des liens très forts entre nous. Comment ne pas avoir envie de continuer ?

De plus, même si la journée nationale contre le sexisme n’a pour l’instant pas encore été officialisée, elle s’est peu à peu inscrite dans le paysage social. Elle a chaque année rassemblé de nombreuses personnalités dont les Ministres en charge des Droits des femmes : Marlene Schiappa puis Elisabeth Moreno. Un exemple entre autres qui me ravit en tant que marseillaise : le tweet de l’OM lors du 25 janvier 22 promettant, « en ce jour de la journée nationale contre le sexisme », de lutter contre les violences envers les femmes ! Il me semble donc que nous avons d’ores et déjà franchi un cap, celui de la reconnaissance de notre action par un large public. 

ECLS vient de passer du stade d’un collectif informel a celui d’association. Quels en seront les avantages?

C L : C’est une étape majeure et la création d’une association confirme à mes yeux la continuité de notre engagement et pérennise notre action . Elle va permettre également d’obtenir plus de reconnaissance, de construire plus de partenariats et nous l’espérons d’avoir plus de moyens. Cela dit, notre responsabilité en sera aussi augmentée…. Avant, nous pouvions nous arrêter quand nous le voulions, c’était facile. Aujourd’hui, ce sera plus compliqué.

Notre but aujourd’hui est de toucher un plus large public. Cela implique plus de responsabilité de la part de nos membres ainsi que plus d’exigence dans notre travail. Je suis d’ailleurs ravie de continuer à porter ce collectif et honorée de la confiance que m’ont témoignée les membres du collectif en m’élisant aux côtés d’Yseline qui représente la jeune génération et l’espoir que nous leur portons pour qu’une société sans sexisme existe enfin !  Merci à Moira Sauvage, une femme engagée de cœur et de conviction qui a co présidé avec moi ce collectif informel pendant 3 ans et qui va continuer en tant que vice- présidente en charge des relations avec les associations féministes.  

Y F-D : Cela nous permet avant tout de renforcer notre positionnement institutionnel et de donner davantage de structure à notre collectif.

Comment voyez-vous l’avenir de la lutte contre le sexisme? 

Y F-D : Le sexisme, c’est toutes ces barrières plus ou moins hautes qui se dressent sur le chemin des femmes pour faire obstacle à leur liberté. La mobilisation féministe est utile au quotidien : à moins d’avoir des œillères ou de se réveiller d’une sieste de 5 ans, il est difficile d’affirmer que le sexisme est une pure invention de l’esprit. Il a une matérialité concrète : dans les parcours de vie, les différences de salaires et l’accès aux promotions, dans les réductions sur les aspirateurs pour la fête des mères, dans la possibilité pour les filles d’accéder à des métiers où elles sont minoritaires sans en être exclues par leurs camarades masculins, etc. 

L’avenir de la lutte contre le sexisme c’est d’abord toujours faire progresser l’espace politique et social de la sororité. Et ensuite c’est l’avenir tout simplement ! Un monde débarrassé du sexisme et des violences patriarcales, j’ai tout de suite beaucoup plus envie d’y vivre.

C L :  Hélas, pour l’instant notre action – et l’instauration de notre journée nationale du 25 janvier  – est toujours nécessaire car le sexisme est toujours présent partout dans la société. Je vois donc l’avenir comme une lutte vigilante dans tous les secteurs, à tous les niveaux car l’actualité nous montre combien les avancées sont fragiles, comme le combat pour l’IVG, et nous connaissons toutes cette phrase célèbre de Simone de Beauvoir « Il suffira d’une crise … les droits des femmes ne sont jamais acquis. Vous devrez rester vigilantes votre vie durant ». 

Mais pour rester positive, je voudrais aussi retenir les progrès qui peuvent certainement servir d’exemple : dans les entreprises, où jamais, il y a encore quelques années, on aurait parlé de violences faites aux femmes ou de sexisme, on voit fleurir les programmes et les formations sur ces sujets et la question des violences domestiques est aujourd’hui à l’agenda des entreprises. De même dans la fonction publique. C’est pour moi la preuve que quelque chose a changé. 

Les progrès existent donc, mais ils sont fragiles. Nous faisons face aux risques de dérapages et de retours en arrière. Le changement repose encore trop sur les individus, sur des initiatives privées ou publiques alors que le problème du sexisme est systémique et envahit toute la société. Il doit être traité à la base car tout commence par l’éducation dès le plus jeune âge des petites filles et des petits garçons. Il faut aussi impliquer plus fortement les hommes dans ce combat qui nous concerne toutes et tous afin qu’ensemble on construise une société sans sexisme ! 

Ensemble contre le sexisme
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88% des Français.es considèrent que les femmes et les hommes ne sont pas égaux en pratique.

78% des Françaises ont vécu personnellement un acte sexiste ou ont été destinataires de propos sexistes.

80% des Français.es considèrent que les lois et sanctions existantes sont insuffisantes ou mal appliquées.